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[projet] 2013 Victimae Pachali Laudes

« Victimae Paschali Laudes » : Un très beau concert

La petite Fugue s’est produite le lundi 1er avril 2013 à 9 heures à la Basilique de Luxeuil-les-Bains avec la participation de Nicolas Pichon, organiste, dans le cadre de la 5ème édition du festival « Orgue et grégorien ».

Au programme de ce concert figuraient des œuvres chantées ou improvisées à l’orgue, sur le thème de la séquence grégorienne « Victimae Paschali Laudes », compositions originales ou transcriptions du moyen-âge, de la renaissance, de l’époque baroque et de musiques contemporaines.
Jean Sébastien Bach a illustré l’année liturgique avec de nombreux chorals pour orgue. Le premier choral qui célèbre la résurrection du Christ « Christ lag in Todesbanden » (Le Christ gisait dans les liens de la mort) présente une belle généalogie. Il dérive d’une séquence liturgique du XIème siècle « Victimae Paschali laudes » oeuvre attribuée à Wipo appelé aussi Wipon de bourgogne (990?-1050?), chapelain de l’empereur allemand Konrad II. On l’attribue quelquefois à Nokter, moine de Saint-Gall en Suisse, au Roi de France Robert le Piieux ou encore à Adam de Saint-Victor.

« Victimæ Paschali laudes » est l’une des cinq séquences médiévales à avoir été conservées dans le Missale Romanum publié en 1570 après le Concile de Trente (1545-63). Les quatre autres sont le Veni Sancte Spiritus (pour la fête de la Pentecôte), le Lauda Sion (pour la Fête-Dieu), le Stabat Mater (pour le Chemin de Croix) et le Dies iræ (qui fut longtemps intégré à la Messe de Requiem). Avant le Concile de Trente, de nombreuses autres fêtes avaient également leurs propres séquences, et pour Pâques seize d’entre elles étaient en usage.

Adoptée par la liturgie romaine, elle est encore chantée à la messe du jour de Pâques et pendant l’Octave. On sait, d’autre part, qu’elle tient une place importante dans l’histoire du drame liturgique et du chant populaire du Moyen Âge. Traduite en langue vulgaire, elle était très en vogue dans les pays du Nord dès la fin du XIIème siècle. Conservée par la réforme du XVIème siècle comme « étant un chant venu du cœur », on la trouve très fréquemment harmonisée par les organistes (Walter, Scheidt, Pachelbel…).

Son texte a été mis en musique à la Renaissance ou à l’époque baroque par de nombreux compositeurs, par exemple Busnois, Josquin, Lassus, Willaert, Hans Buchner, Palestrina, Morales, Byrd, Fernando de las Infantas et d’autres, comme Perosi au début du XXe siècle.

Les chorals luthériens dérivés du Victimæ Paschali laudes sont Christ ist erstanden (Christ est ressuscité) et Christ lag in Todesbanden (Christ gisait dans les liens de la mort). La cantate de Jean-Sébastien Bach du même nom (BWV 4) développe superbement ce choral).

Nombre d’œuvres se sont inspirées directement ou indirectement de cette mélodie parmi les plus anciennes du répertoire grégorien. Leur poésie ne nous laisse pas indifférents, et la ressemblance des tournures et des formules mélodiques ne peut que nous interpeler.

Programme du projet :

À Laudes …

Séquence grégorienne « Victimae paschali laudes »

Organum « Victimae paschali laudes » du Codex de Las Huelgas (Burgos) env 1220

Fondé à la fin du XII° siècle par le roi de Castille Alphonse VIII (1151-1214), le monastère de moniales cisterciennes de Las Huelgas de Burgos devint sous Alphonse X un centre culturel important où juifs, musulmans et chrétiens cohabitaient harmonieusement. La musique en particulier s’y développa jusqu’à avoir à son service cent moniales choristes. C’est peu après la mort du roi, que fut constitué le Codex de las Huelgas, qui comprend 180 pièces liturgiques.

« A Sennor que muiben soube » Cantiguas de Santa Maria (n° 324)

Le manuscrit des Cantigas de Santa María est un des plus importants recueils de chansons monophoniques de la littérature médievale en Occident, rédigé pendant le règne du roi de Castille Alphonse X dit El Sabio ou Le Sage (1221-1284). Ces cantigas sont le volet religieux de la littérature galaïco-portugaise, le volet profane comprend les cantigas de amigo, les cantigas de amor et les cantigas de escarnio.
Les textes des 427 chansons sont écrits en galaïco-portugais, langue du Moyen Âge commune au portugais et au galicien. On attribue au roi lui-même la rédaction de certaines de ces chansons, mais il semble plus probable qu’il en soit le promoteur.
La grande majorité de ces chansons sont un hymne religieux, en hommage à la Vierge Marie, et racontent un miracle dû à l’intervention de Marie. On y trouve en outre de nombreuses représentations en couleurs de musiciens jouant une grande variété d’instruments de musique.

« Sequentia » de la Missa pro defunctis de Christobal de Morales (1500-1553)

Compositeur espagnol, il reçut une éducation très complète (ses préfaces dénotent une excellente connaissance du latin). Maître de chapelle de la cathédrale d’Avila de 1526 à 1530, il fut ensuite, grâce à l’intérêt que lui témoigna le pape Paul III, ténor de la chapelle papale à Rome de 1535 à 1545. Cette situation lui permit de faire entendre sa musique aux grands de ce monde, tant à Rome qu’hors d’Italie. C’est ainsi qu’à Nice, pour célébrer la trêve conclue entre François Ier et Charles Quint par l’intermédiaire du pape Paul III, Morales fit exécuter par ses chanteurs un motet d’amples dimensions, Jubilemus omnis terra. De retour en Espagne, il devint maître de chapelle à Tolède, mais, malade et endetté, il donna sa démission deux ans plus tard. Il accepta en 1551 un nouveau poste de maître de chapelle, cette fois à Malaga, mais demanda rapidement à reprendre ses anciennes fonctions à Tolède. Il mourut avant d’avoir pu obtenir satisfaction sur ce point.
Cristobal de Morales est le premier compositeur espagnol de musique sacrée à avoir atteint une renommée européenne, et même internationale (sa musique fut jouée en 1559, au service commémoratif de la mort de Charles Quint). Ses œuvres font la synthèse de la technique polyphonique franco-flamande et de la musique espagnole populaire et savante. Son style se rapproche de celui de Josquin des Prés, auquel il rendit hommage en paraphrasant la chanson Mille regrets dans la messe du même nom. Sa musique, éditée aussi bien en Italie (à Venise chez Scotto et Gardane) qu’en Espagne, influença de nombreux compositeurs de la péninsule, parmi lesquels son élève Francisco Guerero.
C’est probablement cette renommée internationale qui explique pourquoi il est le seul musicien étranger cité par Rabelais dans le prologue du Quart livre.Trois années plus tard, le théoricien espagnol Juan Bermudo, dans sa Declaracion de instrumentos musicales (Osuna, 1555), décrit Morales comme la « lumière de l’Espagne ».

« Victimae paschali laudes » – William Byrd (1543-1623)

Byrd a peut-être été un élève du compositeur Thomas Tallis. Son premier poste identifié avec certitude a été celui d’organiste de la cathédrale de Lincoln, le 27 février 1563. En 1572, il est à Londres pour remplir l’office de gentilhomme de la Chapelle Royale auquel il vient d’être nommé. Il tient l’orgue avec Tallis, chante et compose : Byrd conservera ce poste pendant deux décennies.

L’importance de ses relations personnelles et professionnelles avec Tallis se manifeste à nouveau en 1575, lorsque la reine Élisabeth Ire confère conjointement aux deux hommes le privilège exclusif pendant vingt-et-un ans d’importer, imprimer, publier, vendre de la musique et d’imprimer du papier musique. Byrd publie trois recueils de motets en latin, les Cantiones Sacrae, le premier en 1575 avec Tallis, qui écrit 16 des 36 pièces, et les deux autres en 1589 et 1591. Byrd publie parallèlement deux anthologies musicales en anglais, Psalmes, Sonets and Songs en 1588 et Songs of Sundrie Natures en 1589.

Byrd peut être considéré comme un musicien de cour anglican, quoiqu’il ait consacré ses dernières années à la liturgie catholique et qu’il soit mort dans une relative obscurité. Lors du déchaînement anti-catholique qui suivit l’attentat catholique contre Jacques Ier, en 1605, certaines de ses œuvres ont été interdites en Angleterre sous peine d’emprisonnement ; pourtant certaines autres, comme le Short Service, ont été chantées sans interruption dans les cathédrales anglaises au cours des quatre derniers siècles.

« Ave Mater pia » attribué à Antoine Boesset (1587-1643)

Antoine Boesset effectua toute sa carrière au service de la cour de Louis XIII, grâce à l’aide de son beau-père : maître des enfants de la musique de la chambre du roy en 1613, maître de la musique de la reine en 1615, secrétaire de la chambre du roy en 1620, surintendant de la musique du roy en 1623, et enfin, conseiller et maître d’hôtel ordinaire du roy en 1632. Compositeur d’airs de cour particulièrement appréciés, il cumula presque toutes ces fonctions jusqu’à son décès.

Il fut en relation avec Descartes, Mersenne et Huygens et fut un des précurseurs de la basse continue en France.
Cette pièce sacrée proposée ici est issue d’un manuscrit exceptionnel par sa rareté, se trouvant à la BNF : le manuscrit Deslauriers.
Elle présente les versets d’une Hymne médiévale pour le fête de Sainte Anne, dans laquelle alternent polyphonie et plain chant, ce dernier présentant une véritable ressemblance avec certains passages du « Victimae paschali laudes »…

« Christ lag in Todesbanden » – Versus 1 de la Cantate 4 de Jean Sébastien Bach

Bach composa tôt cette cantate chorale, entre 1707 et 1713 si l’on en croit une comparaison du style de la composition avec des manuscrits de cette époque. Il s’agit peut-être d’une pièce de démonstration pour le poste d’organiste à Mühlhausen pour Pâques de 1707. Il était encore dans sa vingtaine, sept ans avant la série des cantates de Weimar commencée en 1714 avec Himmelskönig, sei willkommen, (BWV 182), et quinze ans avant qu’il ne commence un cycle annuel de cantates à Leipzig au milieu de l’année 1724. Cette cantate montre des ressemblances avec une composition de Johann Pachelbel fondée sur le même choral.
Les 7 parties vocales (Versus) de cette cantate peuvent être chantées par des solistes ou par un chœur puisque l’œuvre est un « Choralkonzert » (concerto choral) dans le style du XVIIe siècle. Bach n’a composé de cantates religieuses avec récitatifs et arias qu’à partir de 1714.

Prélude d’orgue BWV 625 « Christ lag in Todesbanden » de l’Orgelbüchlein de Jean Sébastien Bach suivi du choral.

L’Orgelbüchlein « petit livre d’orgue » est une collection de 46 préludes de chorals pour orgue que Bach a composée pendant la période 1708-1717, alors qu’il était organiste à la cour ducale de Weimar. Pour chacun, il utilise la mélodie d’un choral luthérien, qui sera chanté à la suite du prélude.

Motet « Victimae paschali laudes » op. 83 de William Mathias (1934-1992)

Mathias est né à Whitland, Carmarthenshire. Enfant prodige, il a commencé à jouer du piano à l’âge de trois ans et à composer à l’âge de cinq ans. Il a étudié au Conservatoire Royal dans la classe de Lennox Berkeley. Il fut professeur de musique et responsable du département musical de l’Université du Pays de Galles, à Bangor, de 1970 jusqu’à 1988.
Ses compositions incluent des œuvres de grande dimension, dont un opéra, trois symphonies et trois concertos pour piano. Beaucoup de ses œuvres ont été écrites pour la tradition chorale anglicane, la plus réputée est l’Hymne « Let the people praise Thee, O God » composée en juillet 1981, à l’occasion du mariage royal du Prince et de la Princesse de Galles.

« Victimae paschali laudes » transcription d’après Stéphane Dietrich (1999)

Né en 1977, il fait ses armes à Nancy, se partageant entre l’institut de musicologie de l’université et le conservatoire au sein duquel il fréquente les classes de piano et d’écriture, où il n’obtient aucun prix.Parallèlement, les expériences, les collaborations et les rencontres se multiplient dans des directions parfois éloignées : ensembles vocaux, direction de chœurs, orchestration, piano-bar, hip-hop.
En 2002, après obtention de l’agrégation, il est nommé professeur d’éducation musicale au lycée Albert Schweitzer du Raincy (Seine Saint-Denis) et poursuit dès lors sa carrière de compositeur en totale indépendance. Des commandes lui sont régulièrement passées et ses ouvrages ont fait l’objet de créations et d’enregistrements à plusieurs reprises.
D’un naturel manifestement curieux, généraliste et sans barrière, « orphelin heureux de la post modernité » – comme il se définit volontiers – Stéphane Dietrich semble concerné, on l’aura compris, par des attitudes musicales, des répertoires et des références culturelles profondément hétérogènes.
De fait, le catalogue de son travail frappe par son éclectisme brutal : messe pour chœurs a cappella, rhapsodie pour grand orchestre à vents, concerto pour piano électrique et fanfare, motet, gloria pour chœurs et big band, opéra, album de chansons…
Ses dernières œuvres :
Légende Bretonne op.24, Opéra pour enfants (2009)
Les Étangs op.25, Opéra (2010)
13 bavardages op.26, Suite de miniatures pour 7 clarinettes, 1 contrebasse et percussions (2010)
Concerto op.27, pour piano, harpe, cordes et percussions (2011)
Zandvoort Fall, op. 28, Opéra en quatre tableaux pour 5 récitants et orchestre (2011)

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