«

Déc 17

Projet Homme Armé (2019)

Voir le programme du concert

L’Homme armé est le titre d’une chanson française profane antérieure à la Renaissance. C’est une mélodie extrêmement populaire qui a été souvent réutilisée aux 15ème et 16ème siècle par les compositeurs pour mettre en musique l’ordinaire de la messe. Plus de quarante oeuvres de cette époque portent le nom de « Missa L’homme armé ».

Il existe plusieurs théories quant à l’origine et la popularité de cette chanson. Certains musicologues ont fait l’hypothèse que l’homme armé est l’archange St Michel, et c’est ainsi que le compositeur Johannes Regis (c.1425 – c.1496) semble l’entendre dans son Dum sacrum mysterium/Missa l’homme armé (entre 1462 et 1467), qui utilise la mélodie en incorporant dans l’œuvre d’autres textes musicaux et des éléments de cantus firmus en plain-chant en l’honneur de l’archange.

D’autres critiques pensent qu’il s’agit simplement de l’enseigne d’une taverne de Cambrai, la maison de l’homme armé, qui se trouvait près de l’endroit où habitait Guillaume Dufay.

La chanson pourrait également être un appel à une nouvelle croisade contre les Turcs. On a la preuve que cette chanson avait une importance spéciale pour l’ordre de la Toison d’or1. L’apparition de la chanson coïncide avec la chute de Byzance devant l’empire ottoman en 1453, événement traumatisant pour l’Europe. Des musiciens tels que Guillaume Dufay ont d’ailleurs composé des Lamentations pour déplorer l’événement. Il est également possible que la chanson soit le produit d’une concaténation de ces facteurs, si l’on considère le mouvement d’opinion qui balaie l’Europe du nord et du centre en appelant à une riposte armée contre les Ottomans.

Une théorie récente voit dans la chanson une synthèse du cri de la rue et de l’appel aux armes sonné à la trompette, synthèse qui date peut-être de la fin du XIVe siècle étant donné sa métrique

Dans ce projet la Petite fugue présentera des oeuvres illustrant ce thème sans pour autant se cantonner à la mélodie originelle.

Le programme fera alterner pièces chorales et instrumentales.

 

ANONYME – 1501

« Dit le bourguignon » – Bransle gay extrait de Harmonice Musices Odhecaton, édité à Venise en 1501 par Ottaviano Petrucci

François-Auguste GEVAERT (1828-1908)

« Réveillez-vous picards » chanson soldatesque du temps de Charles VIII – harmonisation
Réveillez-vous Picards est actuellement l’hymne régional picard. Il serait issu de l’air chanté par les bandes de Picardie (à l’origine entre autres du régiment de Picardie) avant 1479 et leur rattachement à la couronne de France. Le texte semble évoquer la période qui suivit la mort du duc de Bourgogne Charles le Téméraire en 1477. En 1503, Réveillez-vous Picards est le tout premier chant de soldat publié avec sa partition imprimée

Jacob OBRECHT (1457-1505)

« Rompeltier » extrait de Harmonice Musices Odhecaton, édité à Venise en 1501 par Ottaviano Petrucci

Danse sur une mélodie des Pays-Bas [1480 ca.]

Rumfeltiere, rumfeldaer,
Rumfer daran min duer nit.
Mi man di est miebet nit.
Rumfer daran min duer nit,
Ander duer rumpel nit.
Mi man di esteimet.
Glogauer Liederbuch

Robert MORTON (1430-1479)

« Il sera pour vous combattu »  quodlibet rondeau à 3 voix (1464)

Robert Morton (ou Mourton, Moriton) est un compositeur anglais du début de la Renaissance, principalement actif à la cour de Bourgogne. Très appréciée à l’époque, il laisse uniquement de la musique vocale profane.

Compte tenu de l’élimination quasi complète des manuscrits musicaux du XVe siècle en Angleterre, en grande partie par Henry VIII lors de la dissolution des monastères dans les années 1530, il n’est pas surprenant que l’essentiel de la musique de Morton survive dans les sources en provenance du continent et s’il n’a jamais été actif en tant que musicien dans sa terre natale, sa trace est perdue.

Huit morceaux ont été conservés, tous des rondeaux à trois voix. L’un des plus célèbres d’entre eux est la première apparition connue de l’air de L’Homme armé, utilisé par de nombreux compositeurs au début de la Renaissance en tant que cantus firmus pour la messe. Cette pièce, un quodlibet, est probablement datable de mai 1464. Elle semble avoir été écrit comme cadeau de départ à destination d’un autre compositeur de la cour, Simon le Breton.

Pierre PHALÈSE  (1510-1575)

« La Bataille » – Pavane

Pavane extraite de « Premier livre de danseries » édité à Anvers en 1571 par Pierre Phalèse & Jean Bellère

Christobal de MORALES (1500-1553)

Kyrie extrait de la Messe « L’Homme armé » à 5 voix – Opera omnia. Tomo I. Missarum liber primus (Roma, 1544)

Compositeur espagnol, il reçut une éducation très complète (ses préfaces dénotent une excellente connaissance du latin). Maître de chapelle de la cathédrale d’Avila de 1526 à 1530, il fut ensuite, grâce à l’intérêt que lui témoigna le pape Paul III, ténor de la chapelle papale à Rome de 1535 à 1545. Cette situation lui permit de faire entendre sa musique aux grands de ce monde, tant à Rome qu’hors d’Italie. C’est ainsi qu’à Nice, pour célébrer la trêve conclue entre François Ier et Charles Quint par l’intermédiaire du pape Paul III, Morales fit exécuter par ses chanteurs un motet d’amples dimensions, Jubilemus omnis terra. De retour en Espagne, il devint maître de chapelle à Tolède, mais, malade et endetté, il donna sa démission deux ans plus tard. Il accepta en 1551 un nouveau poste de maître de chapelle, cette fois à Malaga, mais demanda rapidement à reprendre ses anciennes fonctions à Tolède. Il mourut avant d’avoir pu obtenir satisfaction sur ce point.

 

Cristobal de Morales est le premier compositeur espagnol de musique sacrée à avoir atteint une renommée européenne, et même internationale (sa musique fut jouée en 1559, au service commémoratif de la mort de Charles Quint). Ses œuvres font la synthèse de la technique polyphonique franco-flamande et de la musique espagnole populaire et savante. Son style se rapproche de celui de Josquin des Prés, auquel il rendit hommage en paraphrasant la chanson Mille regrets dans la messe du même nom. Sa musique, éditée aussi bien en Italie (à Venise chez Scotto et Gardane) qu’en Espagne, influença de nombreux compositeurs de la péninsule, parmi lesquels son élève Francisco Guerero.
C’est probablement cette renommée internationale qui explique pourquoi il est le seul musicien étranger cité par Rabelais dans le prologue du Quart livre.Trois années plus tard, le théoricien espagnol Juan Bermudo, dans sa Declaracion de instrumentos musicales (Osuna, 1555), décrit Morales comme la « lumière de l’Espagne ».

 

Pierre PHALÈSE  (1510-1575)

« La Bataille » – Gaillarde

Gaillarde extraite de « Premier livre de danseries » édité à Anvers en 1571 par Pierre Phalèse & Jean Bellère

Mateo FLECHA (1481-1553)

« La Guerra, sigan los Buenos Soldados »

Compositeur du Royaume d’Aragon surtout connu pour ses ensaladas.
Mateo Flecha est Cantor à la cathédrale de Lleida entre septembre 1523 et octobre 1525.
De là, il déménage à Guadalajara, où il est pendant 6 ans au service du duc Diego Hurtado de Mendoza. Par la suite, il se rend à Valence où il assume la direction du chœur de la chapelle du duc de Calabre. Trois de ses œuvres sont incluses dans le recueil de chansons associées à cette période, y compris le Cancionero de Uppsala. En 1537, Flecha s’installe à Sigüenza où il occupe pendant deux ans le poste de « maestro di cappella ». De 1544 à 1548, il réside dans le château de Arévalo en tant que professeur de Maria et Joanna, les filles de Philippe II d’Espagne. Vers la fin de sa vie, Mateo Flecha est devenu un moine de l’Ordre cistercien au monastère de Poblet, où il meurt en 1553.

Flecha est surtout connu comme compositeur d’ensalada (littéralement « salade »), une œuvre pour quatre ou cinq voix écrite pour la distraction des courtisans dans le palais. Les ensaladas sont souvent un mélange de langues : espagnol, catalan, italien, français et latin.
Les ensaladas ont été publiées en 1581 par son neveu, Mateo Flecha El Joven, à Prague. Parmi les onze versions de départ des ensaladas, il n’en reste que six : El jubilate, La bomba, La negrina, La guerra, El fuego, et La justa.

L’ensalada (littéralement salade en espagnol) est un genre musical polyphonique. Cette musique mélange dans un même morceau différents styles musicaux, langues ou onomatopées.
Les styles utilisés sont par exemple le madrigal, la chanson populaire, le villancico, la romance, la danse ou les genres liturgiques. Les langues les plus fréquentes sont l’espagnol, le valencien, le gascon, le biscayen, le portugais, l’italien et le latin. Sont également utilisés l’homophonie, le contrepoint, le nombre de chanteurs, les thèmes religieux ou profanes, les éléments comiques, épiques ou ironiques.
Ce genre a été très populaire dans la péninsule Ibérique durant la Renaissance, en particulier au XVIe siècle.
Le terme est principalement connu par le biais d’une publication, Las Ensaladas de Flecha Prague (1581), de Mateo Flecha le jeune qui contient six longs morceaux pour quatre voix composés par son oncle Mateo Flecha (1481–1553),
Dix-neuf ensaladas vocales polyphoniques du XVIe siècle sont connues, plus de la moitié sont de Mateo Flecha el Viejo, qui de ce fait peut être considéré comme la référence du genre. Malgré le faible nombre d’ensaladas, un inventaire de février 1591 des fonds musicaux de la Cathédrale de Tarazona montre que c’était un genre populaire.

ANONYME – 16ème siècle

« La Cornetta » – Pavane

Chanson anglaise de la guerre de cent ans

« Do Way Robin – Sancta mater gratiae » pour choeur de femmes – (1300-1350)
De 1337 à 1453, la France et l’Angleterre se livrent un combat sans merci. La Guerre de cent ans plonge l’Europe dans la violence et l’horreur. Pourtant, loin des champs de bataille, l’activité spirituelle et intellectuelle s’intensifie. Plus que jamais, on prie, on chante. En Angleterre, malgré une culture profondément marquée par le goût français, une école de composition spécifique au pays voit le jour à la fin du XIIIe siècle. Fleurissent, un peu partout dans le royaume, diverses oeuvres qui jalonnent et égayent la vie quotidienne.

Adriano BANCHIERI  (1568 – 1634)

« Fantasia Quinta » – Canzone pour 4 instruments extraite de « Fantasia overo Canzoni alla Francese » édité en 1603

Claudio MONTEVERDI (1567-1643)

« Altri canti di Marte e di sua schiera » Madrigal extrait du Livre 8 « Madrigaux guerriers et amoureux »

Le terme de « Madrigal » désigne une pièce vocale polyphonique sur un texte profane. Ce genre, d’origine poétique, s’est développé en Italie à deux époques successives. Né au XIVe siècle dans l’Italie du Nord, à Florence, il tombe en désuétude au XVe siècle pour renaître au XVIe siècle, époque du plein épanouissement de l’humanisme et du regain d’intérêt pour la poésie profane.

Il devient alors une composition vocale raffinée à 4, 5 voix ou plus, avec ou sans accompagnement instrumental, forme idéale pour exprimer les affects ou les passions (dans le sens qu’en donne Descartes). La musique prend une nouvelle fonction, celle de rendre l’expressivité du poème, d’en souligner les nuances, les traits descriptifs.
Entre 1587 et 1638, huit livres de madrigaux sont publiés du vivant de Monteverdi, répartis en deux groupes de 4 recueils (Prima Prattica « Première pratique » et Seconda Prattica « Seconde Pratique »).
Monteverdi s’illustre dans tous les genres traditionnels de madrigaux. Mais au fil des madrigaux, le compositeur explore des formes non conventionnelles et s’approche de plus en plus de la représentation scénique en recherchant une dramatisation du texte par la musique. Son développement prépare la naissance d’un nouveau genre : l’opéra.

Les Madrigaux des 4 premiers livres restent encore « classiques » : 5 voix harmonisés dans une écriture contrapuntique.
Dans les 4 derniers livres des Madrigaux, Monteverdi laisse libre cours à son inventivité : « la forme doit être déterminée par le sujet et par le sentiment ».
Il ajoute aux cinq voix une nouvelle voix instrumentale : la basse continue, tenue au clavecin ou au luth.
Il introduit le « stile concerto ».
Il recherche l’expression de l’émotion, de l’affection, de la souffrance, de la passion.

William BYRD (1539 -1623)

« La Volta »

Thomas RAVENSCROFT (1582-1635)

« We be soldiers three » extrait de « Deutronomelia » (1609)
Thomas Ravenscroft obtient un diplôme de bachelor en musique à l’université de Cambridge, peut-être en 1605. De 1618 à 1622, il est maître de chapelle au Christ’s Hospital de Londres. Son Whole Booke of Psalmes (1621), qui rassemble plus de 150 psaumes, devient extrêmement populaire. Ravenscroft a harmonisé la moitié environ des mélodies de ce recueil, commandant ou compilant les autres. Plusieurs versions de ce psautier sont encore en usage.
Ses recueils profanes présentent un vif intérêt pour l’histoire de la musique populaire. Pammelia (1609), qui regroupe cent catches et rounds (canons vocaux), est la première anthologie du genre. Deuteromelia (1609) présente quant à lui trente et un airs, parmi lesquels la célèbre comptine Three Blind Mice (« Trois souris aveugles »). Melismata (1611) contient vingt-trois chansons « pour la cour, la ville et la campagne ». L’ouvrage théorique A Briefe Discourse of the True (but Neglected) Use of Charact’ring the Degrees… (1614) comporte lui aussi en annexe d’autres pièces bien caractéristiques : chanson de chasse et de colporteurs, chansons à danser, chansons à boire, chansons d’amour. Thomas Ravenscroft vise à plaire à un public de la classe moyenne, très différent de l’élite éduquée qui apprécie les madrigaux ou les ayres. Ses œuvres sont pour la plupart oubliées, mais comprennent également 11 hymnes , 3 motets à cinq voix et 4 fantaisies pour violes.

Tobias HUME (1569-1645)

« Soldiers resolutions » extrait de « The First Part of Ayres, French, Pollish and Others or Captaine Humes Musicall Humors  » édité en 1605

Giacomo CARISSIMI (1605-1674)

« Agnus Dei » à 12 voix extrait de la messe « l’homme armé »

Qui n’a pas écrit sa messe de L’homme armé entre 1450 et la fin du 17ème ? Dufay, Ockeghem, Busnois, Josquin, Palestrina, et enfin Carissimi qui est le dernier, tous ont repris les thèmes initiaux de la chanson populaire du même nom.
Carissimi utilise toutes les ficelles de la musique ancienne, mais les tissent en un ouvrage essentiellement baroque : la rencontre de l’ancien et du moderne.
L’utilisation de plusieurs chœurs permet une polyphonie particulièrement foisonnante, moirée, d’une richesse extraordinaire, contrastant avec les passages en solo qui font office de courts « récitatifs ».
Carissimi, avec un sens dramatique remarquable et un éclectisme aussi large que possible en ce qui concerne l’art de brosser et de varier les tournures mélodiques et harmoniques était un grand précurseur de la polyphonie vocale.
Figure italienne majeure de la musique baroque vocale, Giacomo Carissimi est notamment connu pour ses nombreuses compositions de musique sacrée et son influence décisive dans le genre de l’oratorio dont il est un maître incontesté.

Marc Antoine CHARPENTIER (1643-1704)

« Passacaille » extrait de concert pour 4 parties de violes H545

Marc Antoine CHARPENTIER (1643-1704)

« Te Deum » à quatre voix H147 composé en 1693

Le Te Deum H. 146 a fait la gloire discographique et télévisuelle de Charpentier au point d’éclipser une bonne partie du reste de sa production, dont évidemment en premier lieu les trois autres Te Deum, puisque nous en conservons aujourd’hui quatre au total. Le Te Deum H. 147, a, comme son illustre homonyme, été composé pour les Jésuites, mais il n’arbore pas trompettes et tambour. L’oubli dans lequel il a été relégué est assez injuste car il s’agit d’une œuvre extrêmement plaisante, non dénuée de fort beaux passages, dans laquelle le contrepoint est à l’honneur. Moins pompeux, il en est aussi plus frais ; peut-être moins brillant, il est plus joyeux.

 

Marc Antoine CHARPENTIER (1643-1704)

« Sarabande » extrait de concert pour 4 parties de violes H545

Jean Sébastien Bach (1685-1750)

« Dona nobis pacem » extrait de la Messe en si mineur – BWV 232 – composé en 1733

La Messe en si mineur est essentiellement composée d’un assemblage de diverses pages puisées dans différents ouvrages antérieurs du compositeur et réécrites par lui selon le procédé dit de la parodie (au sens ancien du terme : « texte composé pour être chanté sur une musique connue »1 à l’avance). Seul un tiers de l’œuvre environ consiste en compositions « originales ». La parodie est un processus relativement courant chez Bach, comme d’ailleurs chez maints compositeurs de l’époque, car c’était souvent la seule manière de donner à entendre de nouveau des pièces que leurs auteurs estimaient particulièrement réussies.

Gloria : La louange s’ouvre avec l’orchestre au grand complet, laissant entendre trompettes et timbales dans un rythme ternaire enjoué que rien ne semble pouvoir altérer. Cette louange est brutalement interrompue sur les mots « Et in terra pax ». Ici, la condition humaine reprend la main sur la musique avec l’anticipation de l’attaque du motif et les soupirs induits pas les croches liées par deux. Cet appel à la paix est pour Bach un combat, un processus long et difficile, une aspiration fiévreuse qu’il met en musique à travers une longue fugue qui ne laisse que peu de place à l’apaisement.

 

Laisser un commentaire

WordPress Image Lightbox